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FALC : jusqu’où une fiche Apidae peut aller, et ce qui manque encore
Un document en Facile à lire et à comprendre demande du temps et des relecteurs. Une fois fait, il doit encore arriver jusqu'au visiteur. Ce qu'Apidae et WP-Apidae permettent déjà de dire et de montrer, où la chaîne s'arrête, et quelques pistes pour aller plus loin.
pierre Do Rosario
Un guide de visite en Facile à lire et à comprendre (FALC), ça ne s’improvise pas. Il faut des phrases courtes, des images qui disent la même chose que le texte, et surtout des relecteurs : des personnes en situation de handicap intellectuel, qui vérifient que le document se comprend vraiment.
Une fois ce travail fait, il reste une question plus terre à terre : comment le visiteur, ou la personne qui l’accompagne, sait-il que ce document existe ? Il peut le découvrir en préparant sa sortie sur le site de l’office ou sur celui du lieu. Et sur beaucoup de sites d’offices, ce qui s’affiche vient de la fiche Apidae.
Écrire en FALC est un métier, et ce n’est pas le nôtre. Nous regardons ici le chemin que suit l’information, de la fiche Apidae jusqu’à la page que lit le visiteur, et l’endroit où il s’arrête aujourd’hui.
Le FALC en quelques mots
Les règles européennes « L’information pour tous » ont été publiées en français par l’Unapei en 2009, avec le soutien d’Inclusion Europe. Elles demandent par exemple des mots que les gens connaissent bien, des phrases courtes, une seule idée par phrase, et aucune abréviation.
Elles insistent sur un point : les personnes concernées participent à l’écriture et à la relecture. Une brochure du même projet porte d’ailleurs ce titre : « N’écrivez pas pour nous sans nous ! » C’est cette relecture qui fait d’un texte simplifié un document FALC.
Un logo européen « Facile à lire » signale un document qui suit ces règles. Inclusion Europe, qui le détient, en permet l’usage libre à trois conditions : suivre les règles, faire relire la publication par une ou plusieurs personnes en situation de handicap intellectuel, et citer le nom de ces relecteurs dans le document. La marque d’État Tourisme & Handicap, elle, est attribuée de l’extérieur. Pour le handicap mental, son cahier des charges demande des documents d’accueil en version facile à lire et à comprendre, et une signalétique qui associe le texte et l’image.

Ce qu’une fiche Apidae permet de dire
Dans Apidae, la famille « Critères d’accessibilité pour déficience mentale » compte trois critères :
- « Documentation en Français Facile », qu’Apidae décrit comme une documentation facile à lire et à comprendre par des personnes en situation de handicap intellectuel ;
- « Présence de pictogrammes et/ou de visuels simplifiés de signalétique adaptée (textes/images) » ;
- « Prestations adaptées pour déficience mentale », qui couvre l’encadrement, les visites, la formation du personnel d’accueil.
S’y ajoute un champ de texte, le « descriptif handicap mental », où Apidae invite à préciser les services disponibles. La fiche peut aussi porter la marque Tourisme & Handicap pour la déficience mentale, qui n’est pas déclarative. Elle peut enfin porter des documents joints.
Un office ou un prestataire qui a un guide en FALC peut donc à la fois le signaler par le critère et le joindre à sa fiche.
Ce que WP-Apidae en fait sur le site
Sur un site qui utilise WP-Apidae, ces informations peuvent suivre la fiche à quatre endroits.

- Sur la page de la fiche, le bloc Handicap affiche une section « Accueil des personnes en situation de handicap » : les labels, la liste des critères cochés, puis le descriptif handicap mental sous son propre intertitre. L’administrateur choisit ce qu’il montre.
- Dans les documents de la fiche, un PDF joint dans Apidae comme document s’affiche avec un lien de téléchargement, sous le nom qu’il porte dans Apidae.
- Dans les listes, chaque critère d’accessibilité devient un terme de la taxonomie « Tourisme adapté », sur laquelle une liste peut proposer un filtre. Un accompagnant peut ainsi retrouver les lieux qui proposent une documentation en français facile.
- Pour les moteurs de recherche et les assistants, les critères partent dans les données structurées de la page, comme équipements du lieu, avec leur libellé Apidae.
Rien de tout cela ne demande de développement : il faut une fiche bien renseignée, et un site dont le modèle de page affiche ces blocs et ces filtres.
Où la chaîne s’arrête
En suivant une fiche jusqu’à la page du site, on bute sur quatre limites.
Le document n’est pas relié au critère. Le critère dit qu’une documentation en français facile existe. Il ne dit pas laquelle. Sur le site, le guide FALC apparaît parmi les autres documents, et seul son nom permet de le reconnaître. S’il s’appelle « guide2024.pdf », rien ne le distingue des autres.
La page elle-même n’a pas de version facile à lire. Apidae gère les traductions du descriptif, langue par langue. Le français facile n’en fait pas partie, et aucun thème de descriptif thématisé n’est prévu pour un texte facile à lire. Quant au descriptif handicap mental, Apidae le réserve aux services proposés. Le visiteur peut donc télécharger un PDF en FALC, mais la page qu’il a sous les yeux reste en langage courant.
Rien ne dit comment le document a été fait. Le critère ne permet pas de dire si le document a été relu par des personnes concernées, ni s’il porte le logo européen. Seule la marque Tourisme & Handicap apporte une garantie extérieure, et elle porte sur l’accueil dans son ensemble.
Peu de critères pour décrire l’accueil. Dans le référentiel actif, on compte 34 critères pour la déficience motrice, 10 pour la déficience visuelle, 5 pour l’auditive et 3 pour la mentale. Un accueil adapté se décrit moins facilement qu’une largeur de porte. Avec trois critères, un visiteur qui cherche un lieu adapté a peu d’éléments pour choisir.
Des pistes pour aller plus loin
Voici quelques pistes, à discuter avec les personnes concernées, avec ceux qui font le FALC et avec ceux qui font Apidae.

Côté office, dès aujourd’hui
Une bonne partie du chemin se fait déjà avec les outils existants. Les gestes de base sont dans la fiche pratique plus bas ; quelques points demandent un peu plus d’attention.
- Avant de cocher le critère pour un prestataire, lui demander comment son document a été fait : qui l’a écrit, qui l’a relu, de quand il date.
- Prévoir la mise à jour. Un guide FALC qui donne des horaires ou un accès qui ont changé induit en erreur. Noter une date de vérification, et désigner la personne qui s’en charge.
- Remplir aussi la fiche de l’office lui-même, puis en parler aux prestataires qui ont fait la démarche.
- Pour ce qui touche au site (modèle de page, filtres), le demander à la personne qui le gère, en partant d’une fiche pilote.
- Une fois en ligne, faire le parcours avec des personnes concernées : chercher une sortie, trouver le document, l’ouvrir, y retrouver l’information utile.
Côté Apidae
Une évolution dans Apidae profiterait à tous les sites à la fois, puisque tous les diffuseurs partent de la même fiche. Les pistes qui suivent sont des hypothèses, à confronter au référentiel.
- Relier le document au critère. Il s’agirait de pouvoir indiquer qu’un document joint est la version facile à lire, ou de relier le critère à la ressource concernée (un PDF, un enregistrement audio, une page). Chaque site pourrait alors la présenter à part.
- Accueillir un texte facile à lire sur la fiche. Un thème de descriptif dédié pourrait recevoir une courte présentation du lieu, écrite selon la méthode FALC. Reste à voir ce que ça donne : un champ de texte ne garde pas les images qui accompagnent un texte FALC, et chaque site l’affiche à sa façon.
- Dire comment le document a été fait. Une précision du type « relu par des personnes en situation de handicap intellectuel », datée, renseignerait sur la démarche. Elle resterait déclarative, comme le critère.
- Mieux décrire l’accueil, avec les personnes et les structures qui connaissent ce handicap : associations, autoreprésentants, formateurs. En partant des questions qu’un visiteur se pose avant de venir, on verrait quels critères manquent. Le pictogramme S3A de l’Unapei, qui signale un accueil adapté, n’a par exemple pas de critère.
- Penser aux moteurs et aux assistants. Le vocabulaire d’accessibilité de Schema.org décrit surtout des contenus, et n’a pas, à notre connaissance, de valeur pour un document facile à lire. Comment dire à un moteur qu’un lieu propose un document FALC reste une question ouverte.
Côté WP-Apidae, ce que nous regardons
Une chose est possible sans attendre. Les autres dépendent de ce que proposera Apidae.
- Un modèle de page « sortir avec un handicap », construit sur les filtres existants, aiderait un office à rassembler les lieux adaptés de son territoire.
- Un document marqué comme facile à lire pourrait apparaître dans la section accessibilité de la fiche, à côté du critère, plutôt que parmi les autres documents.
- Un thème de descriptif dédié, s’il voit le jour, s’afficherait avec le bloc « Descriptif thématisé » de WP-Apidae. Il faudrait alors relire la page entière, sur ordinateur et sur téléphone, avec des personnes concernées.
Personne ne fera avancer toutes ces pistes seul. Offices, Apidae, fédérations, associations, personnes concernées, professionnels du FALC, éditeurs comme nous : chacun en tient un bout. Tout le monde gagnerait à en parler ensemble, pour que le travail fait par un lieu arrive jusqu’au visiteur en situation de handicap.
Fiche pratique pour l’office
Faire suivre un document FALC jusqu’au site, en cinq gestes
- Cocher le critère « Documentation en Français Facile » sur la fiche, pour un document écrit selon la méthode et relu par des personnes concernées.
- Joindre le document à la fiche, avec un nom qui dit clairement ce qu’il est : « Guide de visite en facile à lire » plutôt qu’un nom de fichier.
- Écrire dans le descriptif handicap mental où trouver le document et ce que le lieu propose.
- Vérifier que le site affiche le bloc Handicap et les documents de la fiche.
- Proposer un filtre « Tourisme adapté » sur les listes de l’office.
Pour la méthode elle-même, la Fédération régionale des offices de tourisme de Provence-Alpes-Côte d’Azur propose une formation « Concevoir des documents en Facile à Lire et à Comprendre », les 16 et 27 novembre 2026.
Sources
- Inclusion Europe, règles européennes pour une information facile à lire et à comprendre (version française, Unapei, 2009) et la page du logo « Facile à lire », avec ses conditions d’usage.
- Unapei, le FALC.
- Marque Tourisme & Handicap, cahier des charges des caractéristiques générales (2016).
- Référentiel public d’Apidae, lu le 21 octobre 2026 : critères 1196, 4215 et 6897, marque Tourisme & Handicap déficience mentale, familles de critères d’accessibilité, thèmes de descriptif.
- Schema.org, accessibilityFeature et le vocabulaire d’accessibilité du W3C.
- Office de tourisme Sarlat Périgord Noir, guide d’accueil simplifié en FALC, un exemple de guide d’office.
- FR.OT Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Destination d’Excellence : le critère oublié de l’accessibilité numérique », avec ses formations de l’automne 2026.


